2013 in retrospective XI (347)

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2013: The year in retrospective. Part XI
FLAVIEN GILLIÉ

Aporee ma mémoire, fragment, ébauche d’un texte à venir.

Texte de Flavien Gillié

Ecrit ici pour le Field Reporter, sur ce qui m’a marqué en 2013, et me marquera sans doute encore longtemps.

J’ai longtemps enregistré puis archivé, accumulé, avec la clairvoyance de la perte à venir, un stockage disparate sur des étagères de bandes magnétiques, mini-discs, cartes-mémoires ou giga-octets de données égarées dans les tréfonds de fragiles disques durs.

En 2010 j’ai commencé à géolocaliser mes enregistrements sur la carte sonore aporee, c’est là que j’ai trouvé un style, une cohérence à ces heures d’enregistrement. J’ai aussi structuré tout un pan de ma mémoire, donné du sens à mes déplacements.

J’enregistre, j’écoute, j’écris. Entre ces intervalles il y a la carte, la radio. J’étais récemment à un vernissage, dans une rue proche, avant d’y aller, j’avais enregistré des centaines d’étourneaux sur une grue, un vacarme assourdissant, excitant. En arrivant un artiste faisait une performance musicale, il demandait au public de lui fournir des noms de lieux où ils étaient allés, dont ils se souvenaient, puis il mixait des sons de ces lieux s’ils existaient sur la carte sonore. Il recréait dans cette galerie comme une ritournelle, un nouvel agencement sonore entre l’ici et l’ailleurs.

Aporee a agi comme un réseau social, une communauté s’est créée, de mélomanes, de preneurs de son aux techniques différentes mais qui se retrouvent sur une carte, dans un territoire radiophonique international.

J’aime écouter des voix d’autres pays

des rivières, aucune rivière ne ressemble à une autre,

des ondes magnétiques,

des villes la nuit, la convergence de leur bourdon.

J’aime être surpris tandis que j’écoute le flux radio par l’arrivée d’un nouvel enregistrement,

j’aime chaque jour recevoir par mail une liste de ces nouveaux enregistrements, et bien souvent cette effervescence me redonne envie de sortir avec des micros et un magnétophone.

Quand j’enregistre je suis dans une posture, immobile, souvent assis. Je retrouve cette posture en réécoutant ensuite, immobile mais ô combien présent. J’existe, je suis partout en ce monde. J’y suis, j’y ai été.

Alors voilà, en 2014 vous saurez où me trouver.

Aporee maps
Le flux radiophonique

fg

[Flavien Gillié]

Translation to English -by Sismophone-

Aporee, my memory, fragment, draft for a future text.

Text by Flavien Gillié

Written here for The Field Reporter, about what I was struck by in 2013, and undoubtedly later.

I have for a long time recorded, then archived, gathered, with a clear consciousness of a programmed loss, a disparate storage on shelves of magnetic tapes, mini-discs, memory-cards or gigabytes of data scattered in the inmost depths of fragile hard disks.

In 2010, I started to geolocalize my recordings on the aporee sound map, and there I found a style, a coherence to these numerous recording hours. I also structured an entire piece of my memory, gave meaning to my trips.

I record, I listen, I write. In-between, there is the map, the radio. Recently, I was invited to the opening of an exhibition, and before I went there, in a nearby street, I could record hundreds of starlings on a crane, a deafening din, exciting. At this exhibition, a sound performance was going on, the artist asking people to mark down on small sheets of paper  names of places they cherished, hated, dreamt of, or simply remembered, then he mixed sounds of these places, if any, from the aporee sound map. He recreated in the gallery a kind of ritornello, a new sound layout between the ‘here’ and the ‘there’.

Aporee acts as a social network, a community gathered, made of music lovers, sound recordists with various techniques but meeting on a map, an international radio territory.

I like to listen to voices from other countries

to rivers, no river is like another,

to magnetic waves,

to cities at night, the convergence of their drones.

I like to be surprised while I’m listening to the radio flux by an incoming new recording,

I like to receive every day in my mailbox a list of these new recordings, and often, this excitment stimulates the desire to go out with my mikes and a tape recorder.

When I record, I stand in a specific posture, immobile, often seated. This posture I stand in again when I’m listening, immobile but how present! I exist, I am everywhere in this world. I am in, I have been.

Now, in 2014, you know where to find me.

Flavien Gillié website