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Yoi. DAVID VÉLEZ, SIMON WHETHAM
(Unfathomless 2013)

Review by Flavién Gillie

En avril 2011 David Velez invite Simon Whetham à animer un workshop de field recording en Colombie, c’est le début d’un voyage. S’en suit une excursion dans la forêt amazonienne, les deux artistes enregistrent leur égarement, la nuit profonde et ô combien inhospitalière. Ce disque nous rappelle que l’extrême limite, le point de syncope est toujours le plus important. On repense bien sûr à Geir Jenssen escaladant le mont Cho Oyu au Tibet, son manque de souffle enregistré sur minidisc en approchant du sommet. Le parallèle se fait ici, sur un point de presque disparition, l’enregistrement devient un possible témoignage de sa propre perte, prise de conscience de sa fragilité.

Chaque artiste relate ici à sa façon de cet état de perte, David Velez entasse, stratifie, la faune est convoquée, les insectes bourdonnent au plus près des microphones, les éléments s’en mêlent, une pluie torrentielle vient ajouter de la difficulté à s’en sortir.

Simon Whetham est plutôt dans une approche de coupes franches, des cris font écho lointain, mais sont vite filtrés, retraités, comme pour mettre un voile devant la crudité de la scène, le lit d’une rivière est exploré avec, on suppose, des micros hydrophones, métaphore moderne du pêcheur à la traine, laissant dériver sa ligne, réécoutant après-coup ce que ses récepteurs auront entendu.

Les deux pièces, assez différentes dans leur traitement quand bien même elles ont un matériau de base recueilli dans une unité de temps et de lieu témoignent ici de la singularité de cette expérience, elles deviennent complémentaires sur l’album, solidaires comme ont certainement dû l’être les deux artistes pour ne pas définitivement s’égarer au coeur de la jungle.

Aujourd’hui il fait tempête, c’est bientôt le jour des morts. C’est une période propice au recueillement, on pense à tous ceux qui sont partis.

Puis il y a ce disque, une trace sonore de ce qui aurait pu être un drame, on l’écoute intensément, on y reviendra souvent.

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[David Vélez left, Simon Whetham right, photo Lina Velandia]

Translation to English -by Sismophone-

April 2011: David Velez invites Simon Whetham to host a field recording workshop in Colombia, the start of a trip. Follows a hike in the amazonian forest, both artists records their wandering, in a deep and how inhospitable night. This disc reminds us that the extreme limit, the point of syncope, is by far the most important. One recalls Geir Jenssen climbing Mount Cho Oyu in Tibet, recording his breathlessness on minidisc while reaching the summit. There is a parallel to make, about a state of near disappearance, the recording becoming a possible witness of it’s own loss, as a crucial consciousness of it’s fragility.

Each artist narrates in it’s own style this state of loss, David Velez piles, stratifies, convening fauna, insects buzzing as inside microphones, the elements playing a part, a cloudburst adding some difficulty to achieve.

Simon Whetham rather lays in a mood of drastic cuts, yells are remote echoes, though quickly filtered, reshaped, as to draw a veil over the crudeness of the scene, a riverbed is explored with, one imagines, hydrophones, modern metaphor of the angler with it’s drifting fishing line, listening again afterwards what his receptor’s ears caught.

The two pieces, quite different in their approach although sharing a common base material gathered in a time and space unit, witness the singularity of this experience, they are complementary on the disc, tightly bound as must have been the two artists to avoid getting totally lost in this deep jungle.

Today, there is a storm, soon comes All Souls ‘Day. This is an appropriate time for reverence, one remembers those gone now. And there is this disc, a sound trace of what could have been a tragedy, one listens intensely to it, often coming back to it.

David Velez website
Simon Whetham website
Unfathomless website