240

ihab054_front

Recordings of a crepuscular event. PHILIP SULIDAE
(Impulsive Habitat 2012)

Review by Daniel Crokaert

What does one expect from the practice of “Field Recording”, a genre which seems to turn its back on the parameters of a musical industry based on the “easily consumable/quickly memorable” and which educates us to listen ?…

Partly an opportunity of a unique journey such as the who’s who of audio-naturalists can provide…a phonographic cropping which glues itself in and flirts with our memories…

but above all, to my mind, essentially, the discovery of a close relationship to the world, and the blossoming of it, and also a powerful sensory stimulation through a fiction that our imaginary dresses up to its liking according to personal experience…

The Australian Philip Sulidae, gifted with an acute sense of sound observation is an enlightening example of this latest tendency…his goal is clearly not the docu-reality, but the transposition, the overhaul of select scattered fragments in an haunted patch-work, a dense, cinematic composition with a very particular grain and littered with micro-details…an editing in keeping with the elements which have infiltrated his unconscious to the point of becoming its mirror-image by absorption…

In “Recordings of a crepuscular event”, from first slice, the piece “Shadows suburbs” sets the tone ; one nestles into the dark, into the momentum of a charcoal which crushes, and its curls of graphite dust…a boned urban suburb of whom would only remain spectral traces of elapsed movements, sighs of an erased traffic…

“Accompanied hands” alternates dim voices, obscure manipulations, obsessing hum under some crackled varnish…

“Falls” distils an unbridled like free electricity, wheezes from obsolete, battered mechanisms, stamping of plants, statics and interferences, sliding on metal and vague breath, all to the sound of invisible insects…

“Arncliffe passing” tells a figurative crossing in ferry…from the motor rises up a slow monotonous chant closing with an opening gate which dumps its few passengers into the night…footsteps, wanderings, paced by a grey rain…

Finally, in “Further down the line (early morning storm)”, loaded and unstable air comes uninvited, thunder rumbles…changes into cracks, rustles, undefined agitations, evaporating in a distant drone punctuated with nocturnal insects…

in the end, the sensation of a long dazed spliceless ride…

Philip Sulidae keeps the substrate of real sounds which he then reroutes, while emphasizing on the quality of their sequences, modelling them in a kind of constant and gripping sound travelling, far from simple collage…he grabs us and take us away along side roads, an always fascinating liminal universe, a sort of “in-between two worlds” which gives more to feel, to imagine than to see… a most heady dusk !

sulida

[Philip Sulidae, photo courtesy of Impulsive Habitat]

– Translation to French-

Qu’attend t-on de la pratique du “Field Recording”, d’un genre qui semble tourner le dos aux paramètres d’une industrie musicale axée sur le “facilement consommable/vite marquant” et qui nous enseigne l’écoute ?

En partie une occasion de voyage unique telle que peut nous l’offrir le gratin des audio-naturalistes…un recadrage phonographique qui flirte avec et se visse dans nos mémoires…

mais surtout, à mon sens, essentiellement, la découverte d’un rapport étroit au monde, et l’épanouissement de celui-ci, ainsi qu’une puissante stimulation sensorielle au travers d’une fiction que notre imaginaire habille à son gré en fonction du vécu personnel…

L’australien Philip Sulidae, doué d’un sens aigu de l’observation sonore est un exemple édifiant de cette dernière tendance…son but n’est clairement pas le document-réalité, mais la transposition, la refonte de fragments épars choisis en un rapiécage hanté, une composition dense, cinématique, au grain très particulier et truffée de micro-détails…un montage au plus près des éléments qui ont infiltré son inconscient jusqu’à, par absorption, en devenir l’image-mirroir…

Dans “Recordings of a crepuscular event”, dès l’entame, la première pièce, “Shadow suburbs” donne le ton ; on se love dans le ténébreux, dans l’élan d’un fusain qui s’écrase et ses volutes de poussière de graphite…une banlieue urbaine désossée dont il ne resterait plus que les traces spectrales de mouvements révolus, les soupirs d’un traffic effacé…”Accompanied hands” alterne voix ténues, obscures manipulations, bourdonnement obsédant sous un vernis craquelé…”Falls” distille une électricité débridée, comme libre, des râles de mécaniques exsangues et obsolètes, piétinement de végétaux, crépitements et interférences, glissements sur le métal et souffle diffus, le tout au son d’insectes invisibles…”Arncliffe passing” narre une traversée figurée en ferry…du moteur s’exhale comme une lente mélopée qui se clôt par le crissement d’une grille qui s’ouvre, et déverse ses quelques passagers dans la nuit…pas, errances, rythmés par une pluie grise…

Enfin dans “Further down the line (early morning storm)”, un air chargé et instable s’invite, l’orage gronde…se mue en craquements, en froissements, en agitations indéfinies, s’évaporant en un drone lointain ponctué d’insectes nocturnes…

Au final, la sensation d’une longue ballade médusée sans raccords…

Philip Sulidae garde le substrat des sons réels qu’il détourne ensuite en appuyant la qualité de leurs enchaînements, en les modelant dans une sorte de constant et prenant travelling sonore, loin du simple collage…il nous agrippe et nous entraîne dans des chemins de traverse, un univers liminal toujours fascinant, une sorte d’entre-deux monde qui donne plus à sentir, à imaginer qu’à voir…un crépuscule des plus entêtants !

Philip Suliade website
Impulsive Habitat website