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Go Outside. ROBERT CURGENVEN
(Kaon 2012)

Dernière parution de la série initiée par Cédric Peyronnet autour de ses enregistrements de la rivière du Taurion, c’est au tour de Robert Curgenven de travailler à partir de cette matière sonore.

L’artiste joue de la rivière comme on branche une guitare dans un rack d’effets et repousse les méandres aquatiques dans leurs derniers retranchements.
De l’eau vrombissante il en extrait la plus petite particule, un bruit blanc, comme un quark soumis à une excitation. Il rassemble ensuite ces éléments primordiaux dans un ordinateur défectueux, des logiciels soumis aux lois du hasard, les ressort dans une boucle analogique d’effets et de bandes magnétiques, joue sur la dynamique et passe du très fort au très infime.

Loin de la canaliser, Robert Curgenven libère la fougue de la rivière, la fait sortir de son lit, et littéralement le titre du disque, Go Outside, résonne chez l’auditeur comme un appel, à sortir de son propre lit, aller dehors et vivre ce qui s’y passe.

On est bien loin de certains artistes à l’humeur sombre chez qui l’eau peut se changer en liquide pesant, du vin ou de la boue, ici l’on fait face à plus qu’un changement d’état, on est saisi dans un flux de pure énergie où la rivière pourrait tout aussi bien être une fée électricité, apte à quitter le domaine de la navigation pour se répandre dans la ville, lumière qui nous entoure, continuation urbanisée de ce qu’elle était auparavant dans son milieu naturel.

Ultime écho à sa performance, Robert Curgenven précise que le mixage et le montage ont été réalisés vers l’estuaire de la rivière Fowey dans les Cornouailles, comme un geste en miroir à la source originelle captée dans le Limousin, on se surprend dès lors à imaginer chez lui le besoin d’être dans les environs de cette autre rivière, comme une présence nécessaire à l’élaboration de son oeuvre, au plus près de l’eau, presque dans l’intimité de son lit.

-Flavien Gillié

[Robert Curgenven]

(Translation to English)

Latest release in a series initiated by Cédric Peyronnet around his Taurion river’s recordings, Robert Curgenven is now ready to (re-)work this sound matter.

The artiste plays the river as a guitar plugged in an effects rack and repells aquatic meanders in their corner. Out of humming water, he extracts the smallest particle, some white noise, like an excited quark. Then he assembles these primal elements into a defective computer with random-driven softwares, outputs them in an analog loop of effects and magnetic tape, jockeys the dynamics, from the very loud to the very intimate.

Far from canalizing it, Robert Curgenven unleash the ardour of the river, takes her out of her riverbed, and literally, the title of the disc “Go Outside” is a call for the listener to get out of it’s own bed, and go outside, see and live what is going on there.

Here, we are not in the same mood as some artists, that could turn water in some burdensome liquid, wine or mud, no definitely not, as one faces here more than a change of state, one is trapped in a flux of pure energy while the river could be the Fairy Electricity as well, able to exit the navigation domain to spread out in the city, surrounding light, urban continuation of what she was before in her natural locus.

Final echo to it’s performance, Robert Curgenven states that mixing and editing were realized around the Fowey river’s estuary, Cornwall, as a mirror gesture of the original source captured in the french area Limousin, surprisedly one imagines his need to be in the surroundings of this other river, as a necessary presence to the birth of his opus, the closest to the water, in the near intimacy of her (river) bed.

-Flavien Gillié, translation by Sismophone

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